Article de LA GRANDE
EPOQUE, édition
de Paris 16 au 31 octobre 2008,
page 8
Inde : changer les sources de violence sociale en doctrine de paix et dunité...
En Inde, le mouvement Ekta Parishad conduit depuis plusieurs années maintenant des campagnes de non-violence qui sont de véritables contre-pouvoirs face à cette violence sociale, institutionnelle et physique faite aux plus pauvres.
LA GRANDE ÉPOQUE a rencontré Rajagopal de passage à Paris. Surnommé le nouveau Ghandi, le leader du mouvement Ekta Parishad a confié les raisons de son soutien à lAssemblée Consultative auprès des Congrès des Peuples concernant la revendication quun droit des Peuples existe au cur des Nations unies. Il a par ailleurs avancé un bilan des actions menées avec succès dans son pays.
LGE : Pourquoi le mouvement Ekta Parishad soutient-il la revendication de lAscop pour un droit dexpression des peuples au cur des Nations unies ?
Rajagopal : Parce que nous travaillons dans le même sens. Nous défendons les mêmes valeurs démocratiques. Oui, bien sûr, il faut quune assemblée des peuples existe au sein de lONU, que la parole du peuple du monde soit prise en compte. Les peuples sont démunis face aux puissants. Ils nont pas de tribune pour faire entendre leur voix face aux États.
LGE : Pourtant lONU consulte les acteurs internationaux, prend lavis des ONG de terrain, les organes satellites tout autour informent de ce qui se passe...
Rajagopal : Mais après tout ce travail, lONU reste inefficace et paralysée par sa bureaucratie. On constate le mal quils ont déjà à faire appliquer les conventions signées. On assiste même à un détournement de la démocratie car les rapports de force sont tels à lintérieur de linstitution quils parviennent à faire dévier le processus électoral pour le faire pencher en faveur des puissants. Cest pourquoi cette requête dun droit dexpression des peuples du monde à la tribune de lONU peut rétablir un équilibre et être bénéfique pour tous. Oui, vraiment ce projet de LASCOP est excellent !
LGE : Lors dun entretien avec La Grande Époque, Marie-Françoise Lamperti a déclaré que droits de lHomme et démocratie restaient liés dans leur globalité, quil était incontournable de contribuer au développement de la démocratie à léchelle planétaire. Elle a ajouté que, précisément en Grèce, la démocratie était elle-même participation, quelle sétait structurée et développée comme ça. Que pensez-vous de cette analyse ?
Rajagopal : Oui, ce que dit Marie-Françoise est tout à fait juste. Et cest ce quil faut retrouver ! ce sens réel de la démocratie. Il faut faire renaître cette motivation de la participation des citoyens aux affaires de la cité et former peu à peu à la démocratie directe. En Inde, nous y travaillons tous avec beaucoup dardeur. Grâce à la force de rassemblement pacifiste de plusieurs ONG unies, nous avons obtenu des résultats pas seulement au niveau de la restitution des terres à ceux qui en avaient été dépossédés mais bien au-delà de nos espérances. Par exemple, lorsquen Inde nous avons lancé cette grande campagne déducation citoyenne auprès du peuple. En effet, lÉtat dont lappareil était trop centralisé a commencé à ouvrir vers les différents états fédéraux qui composent le pays en déléguant des pouvoirs... puis... les états fédéraux ont délégué aux petites régions... puis aux communautés... nous avons mis beaucoup de notre énergie et de notre engagement pour que le peuple prenne conscience de sa citoyenneté et nous continuons ce travail. Peu à peu, nous constatons des progrès de part et dautre. Ainsi, aujourdhui il existe en Inde ce droit dopposition garant de la démocratie. Un élu peut être contesté et renversé par les citoyens. Cest tout un changement de mentalité et une autre perception de la démocratie représentative, aujourdhui en crise dailleurs. Cest le citoyen qui délègue son pouvoir à celui qui va le représenter. Celui qui est investi de ce pouvoir ne gouverne pas pour gouverner. Ce nest pas un simple rapport gouvernant / gouverné : il a des comptes à rendre. Un gouvernement doit être responsable et les citoyens doivent eux aussi se responsabiliser.
LGE : Ce sont des résultats obtenus par la lutte non-violente ?
Rajagopal. Oui nous croyons à la lutte non-violente dans le même esprit et la même vision que le Mahatma Gandhi aboutira au respect mutuel et à léquité. En octobre 2007, menés par Ekta Parishad, 25.000 indiens ont entamé cette grande marche à travers le pays pour représenter les sans-terres. Des centaines de kilomètres ont été parcourus pour attirer lattention du gouvernement, des médias et de lensemble des citoyens du pays sur la situation des sans-terres et des petits paysans indiens. Cette mobilisation de masse est manifeste de notre responsabilité en tant que citoyens de ce pays et en tant quêtres humains de faire en sorte que les besoins des plus démunis ne soient plus ignorés. Ces campagnes de non-violence sont de véritables contrepouvoir tel que la démontré Gandhi. Parmi nos actions de nombreuses revendications ont abouti : des terres, notamment, ont été restituées aux paysans... demain dautres succès se feront jour, tous à partir de cette doctrine de paix et dunité prônée par le Mahatma. ISABELLE CHAIGNEAU
ASCOP : Assemblée Consultative auprès du Congrès des Peuples qui rassemble 80 ONG à travers le monde. LASCOP est initiatrice du projet de déclaration commune présenté à loccasion du 60e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de lHomme. Cette déclaration réclame un droit dexpression des peuples au coeur de linstitution onusienne. Pour en savoir plus : www.recim.org/ascopEkta Parishad compte plus de 200.000 adhérents et rassemble environ 11.000 associations. Cest un mouvement engagé dans laction non-violente selon les principes de Gandhi. Lobjectif est daider les peuples à regagner le contrôle sur leurs moyens dexistence tels que la terre, leau, la forêt. Pour en savoir plus : www.ektaparishad.com
Marie-Françoise Lamperti est présidente de lassociation Agir pour les droits de lHomme (ADH). LADH est membre de lAssemblée Consultative auprès du Congrès des Peuples (ASCOP). Elle est actuellement mandatée par LASCOP pour le suivi de ce projet.